cri Edvard Munch pourquoi on a peur
Le Cri, tableau d'Edvard Munch (1893) Crédits - Wikimedia

Pourquoi avons-nous peur ?

Sueurs froides, tremblements, chair de poule : autant de signes bien connus de la peur. Comment fonctionne cette Ă©motion, dont le rĂŽle primordial est d’assurer la survie des individus qui la ressente ? Quels mĂ©canismes cĂ©rĂ©braux sont impliquĂ©s dans les rĂ©actions comportementales de la peur ? Voyons tout cela ensemble.

Qu’est-ce que la peur ?

La peur est l’une des 6 Ă©motions universelles, aussi appelĂ©es Ă©motions primaires, identifiĂ©es par le psychologue Paul Eckman dans les annĂ©es 1970. Elle est gĂ©nĂ©ralement ressentie en prĂ©sence d’un danger et permet d’y rĂ©pondre par un comportement de fuite ou de combat. On parle Ă©galement de rĂ©ponse comportementale combat-fuite.

Distinguer peur et angoisse

Il est important de bien discerner peur et angoisse. En effet, les deux Ă©motions sont proches mais ne se manifestent pas dans les mĂȘmes situations.

La peur est une Ă©motion qui va ĂȘtre ressenti face ou dans la perspective d’une menace. Qu’il s’agisse d’un individu ou d’une situation, ce danger est identifiĂ© et menace notre intĂ©gritĂ© physique ou morale.

L’angoisse pour sa part, est tournĂ©e vers un danger indĂ©terminĂ©. Cette Ă©motion peut rĂ©sulter d’une peur prolongĂ©e ou rĂ©pĂ©tĂ©e et gĂ©nĂšre un stress qui peut ĂȘtre intense, voire chronique. A son paroxysme, l’angoisse peut se transformer en vĂ©ritable crise de panique.

A quoi sert la peur ?

Bien que l’on ne puisse pas dater l’apparition de la peur, cette Ă©motion compte certainement parmi les plus anciennes du monde animal. Ce pour une raison toute simple : la peur permet de survivre !

En effet, c’est par cette rĂ©action que les ĂȘtres vivants ont fui et combattu divers dangers au fil du temps, en particulier des prĂ©dateurs. On suppose mĂȘme que la peur des serpents et araignĂ©es soit un hĂ©ritage Ă©volutif. Ces animaux reprĂ©sentaient un danger autrement plus grands pour la survie de nos ancĂȘtres que pour la nĂŽtre.

chair de poule peur
La chair de poule est une des manifestations physiques de la peur.
CrĂ©dits – Physicsgirl, Pixabay

Comment fonctionne la peur ?

A la base de la peur, on trouve un danger. Face Ă  celui-ci, le schĂ©ma rĂ©actif est globalement identique pour tous les vertĂ©brĂ©s. Une fois une menace identifiĂ©e, vous allez ainsi vous immobiliser et vous tourner vers la source du danger. Jusqu’à ce que le cerveau ait analysĂ© la situation et dĂ©cidĂ© de la marche Ă  suivre (fuite ou combat), vous resterez parfaitement fixe.

C’est ce qui arrive à un animal qui se retrouve pris la nuit dans les phares d’une voiture.

Globalement, la peur rĂ©sulte de l’activation de structures cĂ©rĂ©brales qui engendre un sentiment de danger immĂ©diat et des rĂ©actions physiologiques variĂ©es.

Des manifestations physiologiques visibles

Alors que vous marchez tranquillement sur un chemin forestier, vos yeux distingue une forme allongĂ©e Ă  vos pieds, qui s’enfuit Ă  quelques pas de vous. Un serpent. Vous sursautez, votre rythme cardiaque s’accĂ©lĂšre, vous vous mettez Ă  transpirer, Ă  trembler et avez la chair de poule. En prime, peut-ĂȘtre n’avez-vous pu retenir un cri ?

VoilĂ  un florilĂšge des diffĂ©rentes manifestations physiologiques que peut provoquer la peur. Toutefois, cette Ă©motion peut s’exprimer de diverses façons selon les personnes et surtout, Ă  diffĂ©rents degrĂ©s d’intensitĂ©. Le bonus ? Une peur peut Ă©galement s’exprimer dans notre sommeil, Ă  travers de mauvais rĂȘves et cauchemars.

Toutefois, ces signes physiologiques ne sont que les rĂ©ponses aux ordre envoyĂ©s par notre super ordinateur central : le cerveau.

L’amygdale, une rĂ©gion clĂ© du cerveau dans la gestion de la peur

amygdale partie cerveau peur angoisse
Situé à un niveau profond du cerveau, dans les lobes temporaux, les amygdales sont les structures cérébrales principalement impliquées dans les réactions de peur.
CrĂ©dits – Life Science Databases, Wikimedia

C’est une structure situĂ©e en profondeur de notre cerveau, dans les lobes temporaux, qui va gĂ©rer la peur : l’amygdale. Ou plus exactement, les amygdales, une dans chaque lobe. NĂ©anmoins, nous l’écrirons au singulier dans ce dossier, pour ne pas confondre avec les amygdales situĂ©es dans la gorge, qui font partie intĂ©grante du systĂšme immunitaire.

Il existe de nombreuses voies d’acheminement des stimuli extĂ©rieurs vers l’amygdale, ce centre de la peur de notre encĂ©phale. Qu’il s’agisse de la vue, du toucher ou de l’ouĂŻe, les organes qui ont captĂ© le message vont le faire remonter jusque dans l’amygdale en utilisant deux types de circuits : une voie courte et une voie longue.

La voie courte rĂ©pond dans l’urgence

La voie courte, comme son nom l’indique, Ă  pour rĂŽle de transmettre au plus vite l’information du danger Ă  l’amygdale afin d’y rĂ©pondre en urgence, par l’action. TrĂšs rapide, cette voie cĂ©rĂ©brale est aussi moins prĂ©cise : il y a donc un risque plus grand de mal interprĂ©ter la menace.

C’est ce qui fait que l’on peut se retrouver Ă  faire un bond en confondant une ombre biscornue avec une Ă©norme araignĂ©e, ou qu’un chat sursaute si l’on place un concombre derriĂšre lui, qui rappelle le serpent, un prĂ©dateur Ă©ventuel du fĂ©lin.

Durant leur cheminement le long du circuit court de la peur, les informations seront envoyĂ©es en parallĂšle sur un second chemin : la voie longue.

La voie longue analyse le danger

Le rĂŽle de la voie lente est d’apporter une rĂ©ponse adaptĂ©e Ă  la situation, grĂące Ă  la rĂ©flexion. Pour ce faire, les informations sensorielles issues de l’environnement transitent par les aires corticales du cerveau.

Ce sont ces aires qui vont analyser les informations puis faire adopter Ă  l’individu un comportement de fuite, privilĂ©giĂ©, ou de combat si la retraite est coupĂ©e, par exemple.

De quoi avons-nous peur ?

La peur est une Ă©motion ancestrale, un instinct de survie initialement dirigĂ© contre les prĂ©dateurs. Mais l’ĂȘtre humain est complexe, aussi le sentiment de peur peut avoir des origines multiples, aussi bien internes qu’externes.

A Ă©motion universelle, causes universelles

De nombreuses causes de peurs seraient partagĂ©es par les ĂȘtres humains, partout sur la planĂšte. On retrouve ainsi celle :

  • des fantĂŽmes,
  • des souvenirs de guerre
  • de la mort,
  • des serpents,
  • de la hauteur,
  • des orages,
  • des espaces restreints.

Cette liste n’est bien sĂ»r pas exhaustive mais illustre la diversitĂ© des origines de cette Ă©motion.

pourquoi avoir peur fantomes
La peur des fantĂŽmes est partagĂ©e par les ĂȘtres humains du monde entier.
CrĂ©dits – Fanette, Pixabay

Quid de la phobie ?

La phobie est une forme de peur dĂ©mesurĂ©e, irraisonnĂ©e et irrationnelle, qui fait partie des troubles anxieux. Elle est davantage liĂ©e Ă  un ressenti qu’à une cause rĂ©elle et peut ĂȘtre tournĂ©e vers des origines aussi multiples que les peurs.

C’est spĂ©cifiquement le caractĂšre irrationnel, inhĂ©rent Ă  un danger irrĂ©el, qui permet de distinguer la phobie de la peur.

Pour conclure, je vous propose d’illustrer la diffĂ©rence entre les deux avec l’hippopotomonstrosesquippedaliophobie. Ce terme dĂ©signe la phobie
 des mots longs ! Paradoxal, non ? Toujours est-il que vous comprenez bien le caractĂšre irrationnel de la phobie, qui ne reprĂ©sente pas un danger physique (quoique cela reste Ă  dĂ©terminer pour l’aspect moral) imminent.

Pour aller plus loin

Le cerveau Ă  tous les niveaux : les cultures de la peur
Pop’sciences Mag : les raisons de nos peurs
Cerveau & Psycho : les racines de la peur
Wikipedia : peur
Laisser un commentaire

Rédigé par Arcadie Brouard